Momo Challenge : Un canular devenu réel?

Parlerais-tu à un étranger qui t’aborde en pleine rue? Fais la même chose en ligne; n’accepte jamais de demande de contact de quelqu’un que tu ne connais pas. 

Depuis plusieurs semaines, la question du Momo Challenge est présente dans l’actualité. Même si c’est quelque chose dont la majorité des jeunes ont entendu parler, peu d’entre eux connaissent réellement l’histoire. Voici donc quelques informations sur le sujet.

Avant d’aborder le sujet, il faut dire que beaucoup d’informations sur le Momo challenge sont littéralement des suppositions. En effet, Internet relaie des histoires concernant cet étrange défi, mais les extraits de conversation sont plutôt rares. À vrai dire, il se pourrait que tout le tapage médiatique autour de ce défi soit beaucoup plus important que le défi lui-même. Certains évoquent même la possibilité que le Momo Challenge soit en fait une légende urbaine. On le sait, sur Internet, tout se partage à une vitesse folle. Se pourrait-il qu’une légende urbaine, c’est-à-dire quelque chose qui n’existe pas, ait poussé des gens à la rendre réelle? C’est l’hypothèse la plus probable. Le Washington Post écrit d’ailleurs que le origines du Momo Challenge et le manque d’informations crédibles amènent à penser qu’il s’agirait d’un autre canular comme plusieurs bien présent sur Internet. Il n’en demeure pas moins que des plaintes ont été déposées à la police au Québec, notamment à Sherbrooke, Longueil et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans la ville de Québec, aucune plainte n’a été déposée. Cependant, des parents ont appelé la police pour obtenir des informations à ce sujet.

J’ai passé près de trois heures à assembler les informations concernant le Momo challenge. Voici le fruit de mes recherches.

Les premières mentions de Momo

La première référence au Momo challenge remonte à juillet 2018 alors que le YouTubeur ReignBot fait en fait mention dans une vidéo. Ce dernier constate qu’il est impossible de relier le Momo challenge à un utilisateur en particulier; il y aurait plusieurs utilisateurs utilisant l’application de réseautage social WhatsApp. Les premiers numéros de téléphone reliés au Momo challenge provenaient essentiellement du Japon, de la Colombie et du Mexique. D’ailleurs, pour les autorités mexicaines, le Momo challenge aurait commencé dans un groupe Facebook où les gens étaient incités à communiquer avec un certain numéro de téléphone. Ce mouvement s’est par la suite répandu à plusieurs pays et à travers d’autres applications dont Facebook.

Le visage de Momo et le début de l’histoire

Le visage étrange et quelque peu terrifiant utilisé par Momo provient d’une sculpture appelée « Mother Bird ». En fait, il s’agit d’une sculpture représentant une créature mi-femme, mi-oiseau. Elle a été créée en 2016 pour une exposition par la compagnie d’effets spéciaux japonaise appelée Link Factory. Les premières photos ont été partagées en août 2016 sur Instagram. Dernièrement, elle a été partagée de nouveau sur Reddit par un utilisateur AlmightSosa00 le 10 juillet 2018. The Independent (Royaume-Uni) rapporte d’ailleurs que les internautes ont commencé à inventer toutes sortes d’histoires à partir de la publication de l’image sur Reddit. La face terrifiante de Momo se prêterait effectivement bien à toutes sortes d’histoires sordides. Une de ces histoires serait justement que Momo enverrait des messages étrange à ceux voulant le contacter. Devant cette histoires, certains corps de police du Mexique ont averti la population. À partir de ce moment, l’attention des médias était désormais centrée sur Momo.

Les premières apparitions sur Internet de la sculpture « Mother Bird » remontent à août 2016. Cependant, une publication sur Reddit datant du 10 juillet 2018 aurait fait naître le phénomène. 

Une réaction en chaine?

Se pourrait-il que les différentes histoires inventées au sujet de Momo ait créé une réaction en chaine? Oui. Au départ, une personne ou un groupe de personnes ont commencé le mouvement. Par la suite, d’autres individus ont agi de la sorte probablement pour faire peur à leurs amis ou tout simplement pour effrayer les autres. Comme il a été question au départ, Momo était peut-être un canular, quelque chose de pas vrai. Cependant, les gens y ont tellement cru que des personnes ont décidé d’endosser le rôle de Momo.

Le meilleur moyen d’arrêter cette réaction en chaine est de n’accepter aucune invitation de quelqu’un appelé Momo. Les dizaines ou centaines de Momso n’auront donc plus de victime et le tout s’arrêtera. 

Le modus operandi

On peut entrer en contact avec Momo de différentes façons. Encore une fois, il faut se rappeler qu’il manque de preuves sur le sujet. Le texte qui suit est basé sur des suppositions trouvées sur Internet de gens qui auraient été contacté par Momo. D’abord, soit Momo fait une demande de contact à des individus soit ce sont les individus qui le contactent directement. Une fois le contact établi, Momo dirait aux jeunes « Salut, je suis Momo. Je sais tout de toi. » ou « Je suis Momo, veux-tu jouer avec moi ? » ou encore « Es-tu prêt à continuer à jouer avec moi ? ». Momo communiquerait alors des informations privées sur la personne qui le contact comme le prénom, le nom, l’adresse courriel, l’adresse civique ou d’autres renseignements.

Momo connait-il réellement les informations personnelles des gens?

Comment Momo fait-il pour connaitre des informations privées sur les gens? Momo utilise des renseignements disponibles en ligne à la vue de tous. C’est pour cette raison qu’on demande souvent aux jeunes de faire attention aux renseignements qu’ils partagent sur le Web. Ceux qui utilisent WhatsApp avec un vrai numéro de téléphone courent des risques de donner certains renseignements personnels. Avec un simple numéro de téléphone, il est possible de trouver la ville où le téléphone est enregistré. Un courriel permet également de trouver quelqu’un sur les sites internet ou les réseaux sociaux. Encore plus, quelqu’un qui envoie une photo à Momo partage sa position si les fonctions de géolocalisation sont activées lors de la prise de photo.

Partager des renseignements sur Internet et même des photos anodines ouvre la voie à ce que des gens mal intentionnés utilisent ces renseignements pour faire du chantage ou des menaces. 

Il arrive également qu’un individu ayant personnalisé Momo connaisse réellement ses victimes. On peut penser à un jeune qui s’improvise Momo. Ce dernier connaitra assurément des renseignements très personnels sur ses victimes, car il les connait personnellement. C’est cet aspect qui semble faire peur aux jeunes : Momo connait des renseignements très personnels à leur sujet. Ces derniers ont donc un bon motif de croire que Momo pourrait s’en prendre à eux. Momo demanderait ensuite aux jeunes de poser divers actes ou défis (de là l’appellation Momo Challenge) sous peine de représailles dont la diffusion de renseignements personnels. Les jeunes visés auraient un certain temps pour commettre leur défi tandis que les défis augmenteraient en intensité. Dans la plupart du temps, Momo demande aux jeunes de poser des actes violents. Momo enverrait également des images violentes et menacerait de dévoiler des informations personnelles au sujet des individus visés.

Des réactions lourdes de conséquences

Face au Momo Challenge, au moins trois adolescents en Argentine, en Colombie et en Inde se seraient suicidés pour compléter le défi final. Dans le premier cas, les autorités auraient retrouvé le cellulaire de la victime à proximité. Ce dernier contiendrait des conversations faisant référence à un défi. La police enquête toujours sur le sujet, mais d’autres enquêtes sont ouvertes un peu partout dans le monde. Comment Momo peut-il pousser quelqu’un au suicide? On le sait, la santé mentale est un sujet dont il faut se préoccuper. Il arrive que quelqu’un soit déprimé, en dépression ou vit une situation familiale particulière. Un individu ayant une santé mentale plus fragile pourrait accorder plus d’importance aux propos de Momo qu’un individu pour qui la vie va comme sur des roulettes.

Momo ou pas, Internet ou pas, l’histoire autour de Momo nous rappelle qu’il faut prendre soin de soi et des autres. Si tu ne te sens pas bien ou qu’un ou une amie ne va pas bien, il y a des gens à l’école pour aider. Va voir l’enseignant en qui tu as le plus confiance.

Des journalistes contactent des « Momo »

En France, l’équipe de 20 Minutes a contacté des gens se faisant passer pour Momo. Ils ont contacté une dizaine de Momos à partir de numéros pris sur Internet. Un seul a répondu, mais ils n’ont rien pu tirer de concluant; ses discussions concernaient davantage l’ésotérisme les extra-terrestres comme quoi ceux qui prennent le rôle de Momo ne seraient pas tout à fait sains d’esprit.

La sensibilisation partout dans le monde

Devant les dangers soulevés par le Momo challenge, différents organismes et corps policiers d’un peu partout dans le monde ont tenu à rappeler aux jeunes l’importance de ne pas accepter de demandes de contact de la part d’étrangers. Au Québec, certains organismes de santé dans les régions ont publié des communiqués sur le Web pour informer les parents quant au défi. Des écoles au Québec ont même envoyé des informations aux parents des élèves qui les fréquentent.

Et Facebook dans tout ça?

Facebook est propriétaire de WhatsApp. Dans une déclaration faite à Fox News, le porte-parole de WhatsApp a déclaré que la compagnie se souscrirait de la sécurité des utilisateurs et qu’il était facile de bloquer n’importe quel numéro de téléphone. Il encourage les utilisateurs à rapporter les messages problématiques. D’un autre côté, Facebook a les moyens technologiques de bloquer automatiquement les utilisateurs ayant comme nom Momo et pourrait supprimer les photos reliées. Pourquoi ne le fait-il pas?

En conclusion

En conclusion, il n’y a pas lieu de s’inquiéter même si l’image de Momo nous surprend, nous intrigue, nous inquiète et nous incite à en parler. Aurait-on fait la même chose si Momo avait eu l’allure d’une princesse ou un prince charmant? L’effervescence médiatique entourant Momo semble être beaucoup plus importante que la réalité. L’histoire de départ entourant Momo a possiblement donné l’idée à des gens de le faire. Ces gens sont mal intentionnés et utilisent des renseignements trouvés sur Internet pour faire peur aux gens. Éviter de parler à des étrangers, accepter aucune demande de contact bizarre, éviter de télécharger des fichiers suspects et rendre ses comptes privés sont des règles de base que tous les jeunes devraient suivre.

 

 

Références :

The Washington Post – 5 septembre 2018 – The Momo Challenge : A sinister threat to young people or an urban myth?

Le Quotidien – 1er septembre 2018 – Momo Challenge rejoint la région

Mirror Now News – 21 juillet 2018 – Momo challenge claims first life in India, Class 10 student commits suicide in Ajmer

Tva Nouvelles – 17 août 2018 – Momo challenge: «le côté sombre du web», selon François Charron

Journal de Montréal – 15 août 2018 – Défi sur WhatsApp: le dangereux «Momo Challenge» à l’origine d’un suicide en Argentine?

Ici Radio-Canada – 14 août 2018 – Momo Challenge, un défi viral dangereux sur WhatsApp

Heavy – 6 août 2018 – Momo Challenge: 5 Fast Facts You Need to Know

The Independent – 6 août 2018 – Momo : Police warn over horrifying whatsapp image and its connection to sinister ‘game’ – but reality is even stranger

The Buenos Aires Times – 25 juillet 2018 – Police suspect 12-year-old girl’s suicide linked to WhatsApp terror game Momo

Reddit – 10 juillet 2018 – https://www.reddit.com/r/creepy/comments/8xq0ap/_/?st=JLZS97CT&sh=6fd070db

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